Episode 1 : face trouvée

« Au milieu de la salle se trouve le corps d’une femme. Toute nue, elle est. Sa peau est blanche comme la neige, avec un soupçon de rose. Je m’approche d’elle. Celle-ci n’a pas de visage. Étrange ! Elle est en train d’agoniser. Je ressens la souffrance qu’elle est en train de combattre. Je m’agenouille à côté d’elle, lui prend sa main dans la mienne. Je la pose contre ma poitrine. Je lui caresse la paume de sa main avec douceur. Puis je m’allonge sur le sol glacé. Je mets ma tête sur son épaule. Ma main touche son abdomen et je ressens un liquide chaud coulé sur mon bras. Rouge foncé, visqueux d’une odeur nauséabonde. Je suis couchée à côté d’elle, dos au sol. Au-dessus de nous, se forme un trou gris anthracite. Un tourbillon apparaît et m’aspire à l’intérieur. Je suis projetée dans un long tunnel sombre, glacial, ayant très peu de lumière…Je suis là, dans ce trou, a tourné sur moi-même. Je me sens triste, colère, agitée. Que dois-je faire ? Rien !

Je gis dans cette tornade, les cheveux flottant dans l’air. Un nuage blanc recouvre mes iris et je ne vois plus grand chose. Je me retrouve dans mon inconscient où se trouve plusieurs portes. Je choisis d’entrer par la numéro 7. Un nombre y figure, accroché par un fil en haut d’une lucarne : 1600. Sais-je ce qu’il signifie ? Bien sûr que oui. C’est le montant du salaire que je souhaiterais toucher. C’est le montant qui me donnera l’envie de vivre. Peut-être est ce qu’un chiffre pour vous ! Pour ma part, il est bien plus que ça. Il fera mon bonheur. Je n’aurai plus à avoir peur de demain. Plus de pression sur mes épaules. Un nombre qui me donnera ma liberté. Un nombre qui payera mon loyer, mes charges, mes sorties, les croquettes de mon chien. Je pourrai, enfin, mettre mon argent de côté afin d’économiser. Un nombre qui me permettra de payer un restaurant, un nombre rien que pour partir en vacances seule ou entre amis. Comment faire pour les gagner ?

Je dois travailler, encore et encore. Cependant, il est peu probable que je réussisse en ne faisant que 23h par semaine; Ce n’est pas suffisant…Le trou noir où je me trouve m’aspire au plus profond de sa noirceur. Il fait très froid, je choisis la porte 14. Je vois des parois rouges, le sang qui coule dans des veines. Une grosse boule arrive sur moi. Je m’écarte un peu, je la réceptionne entre mes mains avec difficulté. Telle un pamplemousse, elle fait 2 fois ma taille. Celle-ci à l’aspect d’une cervelle. Beurk ! C’est à cause d’elle que le chiffre 1600 n’existe plus dans ma vie. J’ai tout perdu à cause d’elle, à cause de l’incompétence du monde médical. 1600, envolés comme un bout de chiffon que l’on jette sur le feu. L’Endométriose fait partie de moi. Elle est ma sœur, mon ennemie. Je l’aime et le plus souvent je la déteste. Elle me fait hurler de malheur. Ma féminité disparaît, ma colère apparaît. Je souffle, encore et encore. Je me réanime, seule dans la pièce. 

Je suis aspirée et projetée contre le sol violemment. La femme nue n’existe plus. Je gis, nue sur le sol. Je gis, en agonisant, à cause de ma peur de ne pas réussir. Je gis au sol et je dois agir pour les autres et pour moi. Ou rien que pour moi !

Pensées dans mon journal, par Une Ronde à Paris le 02/10/2021

Author: Jason

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